L'humusation, un nouveau rite funéraire bientôt reconnu ?


C'est un nouveau rite funéraire qui espère bien être reconnu officiellement d'ici quelques années : l'humusation. Un processus naturel et non-polluant. Après votre mort, votre corps est composté et recyclé. La Fondation 'Métamorphose, mourir puis donner la vie' milite pour la reconnaissance et la légalisation de la pratique et de plus en plus de citoyens souhaitent être humusés, à leur mort. L'idée s'invite aussi dans la sphère politique, puisque certains élus communaux appellent à un cadre légal. C'est le cas de Walhain et surtout d'Ottignies-Louvain-la-Neuve. Cette commune souhaite être pionnière en la matière.

Chaque 'déchet' devient une ressource

Guy-Siegfried Basyn est un permaculteur convaincu. Il en applique les principes dans sa vie et son jardin de Chaumont-Gistoux depuis plusieurs décennies. Naturellement, à 83 ans, il a déjà réfléchit à la mort et aux différents rites funéraires. Pour lui, Guy-Siegfried Basyn en a choisi un nouveau, l'humusation, en accord avec sa philosophie et ses valeurs. "C'est un compostage bien fait. On n'a jamais voulu utiliser le mot compostage pour les humains parce que la plupart des gens font mal leur compost. Ils ne comprennent pas qu'il faut créer un milieu de biodiversité qui permet à la nature de faire les choses convenablement. Dans un jardin tel que le mien, chaque déchet devient une ressource". Il y a trois ans, Guy-Siegfried Basyn s'est associé à d'autres permaculteurs pour créer une fondation. Ensemble, ils ont développé des règles et un savoir-faire de l'humusation avec des experts.

 Des jardins-forêt au lieu des cimetières

Concrètement, le corps du défunt serait enveloppé dans un linceul biodégradable, placé sur un lit de broyat végétal (dans un espace dédié) et puis recouvert d'une épaisse couche de celui-ci. En 12 mois, à température de 70 degrés, le corps est recyclé, à part les os. L'humus, ou le compost récolté, peut être réutilisé. "Nous allons maintenant dessiner un processus complet de jardin-forêt où les gens pourront venir se recueillir et récolter les fruits de l'arbre planté dans le compost issu du défunt. Celui-ci aura choisi l'essence qui poussera", imagine Guy-Siegfried Basyn, qui est aussi vice-président de la Fondation.

Un essai à Ottignies-Louvain-la-Neuve ?

Mais pour l'instant, l'ensemble du processus reste encore à l'état de projet. Cela fait 3 ans que la Fondation se bat pour que l'humusation soit reconnue et surtout qu'elle bénéficie d'un cadre légal afin de proposer une alternative aux rites funéraires actuels, très polluants. "C'est effectivement très polluant, aussi bien l'inhumation que la crémation. On propose quelque chose qui est vraiment dans le cycle de la vie. Nous attendons d'avoir la possibilité de faire les premières mises en humusation afin que l'on commence à former des humusateurs agréés. Ils seront les seuls habilités à pouvoir mettre les défunts en humusation dans le respect des défunts, des familles et du process que l'on a imaginé", constate Francis Busigny, le président de la Fondation 'Métamorphose, mourir puis donner la vie'. Ces premiers essais auront-ils lieu à Ottignies-Louvain-la-Neuve ? Le premier échevin Cédric du Monceau (cdH) soutient en tous cas la démarche. Si la Région wallonne autorise l'humusation (et la ministre Valérie De Bue a d'ailleurs été interpellée à ce sujet), la commune brabançonne voudrait en tous cas se positionner comme pionnière en la matière. "Pourquoi interdirait-on à des gens un certain mode d'expression ? Bien entendu, le politique doit encadrer et s'assurer que tout est sous contrôle au niveau sanitaire. Nous souhaitons avoir l'autorisation de faire un test, pourquoi pas avec l'université".

L'UCL serait d'ailleurs prête à mener ces tests, en cas d'autorisation. La demande va, en tous cas, en grandissant. En Belgique, plusieurs milliers de citoyens, comme Guy-Siegfried Basyn ou la Baronne Jacqueline Fonteyn d'Ottignies, que nous avons rencontrée, ont déjà marqué leur volonté d'être humusés en envoyant un acte de dernière volonté à leur administration communale. Une pétition circule également, elle a recueilli plus de 10 000 signatures à ce jour. Pour appuyer son combat, la Fondation a aussi édité un livre (Plaidoyer pour l'humusation) préfacé par Pablo Servigne, Yves Rasir, Patrick Dupriez et Cédric du Monceau.

Plus d'informations sur le site de la Fondation : https://www.humusation.org/

François Namur - Images : Anti-Quark Sprl (Grez-Doiceau), Patrick Lemmens et Samuel Francis

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